• « Heureux l’homme qui se plaît dans ta loi, Seigneur : il donne du fruit en son temps » (Ps 1, 2-3). Dieu veut notre bonheur, et notre bonheur se trouve en Dieu dans la communion de vie avec lui et dans la participation à son œuvre de création et de recréation, autrement de salut accomplie en Jésus, son Fils.

    Ici, notre célébration eucharistique est un moment de vrai bonheur. Je ne me lasse pas de célébrer la messe, non par satisfaction rituelle ou par routine, mais parce que chaque fois j’entre un peu plus dans le mystère que je célèbre. Tantôt c’est le mystère de l’Alliance, tantôt c’est l’accomplissement du salut, tantôt c’est la dimension ecclésiale. Cette dernière dimension revient le plus souvent parce que je ne célèbre pas pour moi seul. (Contrairement à ce que pensent les fidèles, le prêtre n’a pas d’obligation de célébrer la messe, même pas le dimanche). Dans la célébration, l’épiclèse sur le peuple est formidable : nous devenons sous la motion de l’Esprit Saint un seul corps, le corps du Christ. C’est sur ce point que s’arrête saint Paul pour faire comprendre dans un magnifique catéchèse qu’il n’y a rien de mieux que l’eucharistie : « la multitude que nous sommes est un seul corps » qui se réalise dans la communion au sang du Christ et la communion au corps du Christ. (Il serait intéressant de voir pourquoi Paul parle de la communion sous les deux espèces dans ce sens là et pas dans celui que nous pratiquons). Il fait remarquer l’appui de l’eucharistie dans le sacrifice de communion dans l’Ancienne Alliance : une victime animale ou une offrande végétale était offerte à Dieu, puis mangée ensemble en signe de communion avec Dieu. Mais pour nous, il y a beaucoup plus puisque nous sommes ce que nous mangeons. Par parenthèse, les reproches faits au prêtre sur la célébration de la messe doivent être bien mesurés parce que l’acte liturgique résulte de l’action du peuple (c’est ce que veut dire le mot liturgie) et du ministère du prêtre in persona Christi : sauf faute du prêtre, le plus souvent ces reproches relèvent de l’ignorance grave et de ce que signifie l’Eucharistie et des rites pour la célébrer.

    Si donc, nous sommes un seul corps dans le Christ, si donc nous sommes en cours de christification, nous devenons non seulement bénéficiaires du salut en Jésus-Christ que nous célébrons en mémorial dans la messe, selon l’ordre du Seigneur, mais aussi, modestement mais certainement, nous devenons participants de son œuvre de salut en portant le fruit qui est l’expression de la fécondité de la vie divine ou de la vie du Royaume en nous. Pourquoi le rapprochement avec le Royaume ? Parce que la vie divine, c’est la vie que nous avons reçue au baptême et qui aurons en plénitude dans le Royaume. La vie divine est donc un bien du Royaume, bien qui nous est confié pour que nous le développions. Pour comprendre cela, il faut faire le rapprochement avec la parabole des talents : ces talents sont les biens du Royaume que le Christ confie à ses disciples pour qu’ils les fassent fructifier. Ce n’est pas rien puisque un talent pesait plus ou moins 25 kg d’argent et qu’à l’époque, l‘argent avait la même valeur que l’or. Cela me paraît éclairant pour les petites paraboles que Jésus emploie dans l’évangile pour faire comprendre où se trouve le vrai bonheur de l’homme. La parole du Christ est vie comme la communion au sang du Christ est vie.

    Nous ne pouvons célébrer cette eucharistie qu’avec plus de ferveur.

    Eglise de Faveroles, le 10 septembre 2016

    Mgr Philippe BRIZARD, aumônier

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  • 1ère lecture : « Zacharie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel » (2 Ch 24, 17-25)
    Evangile : « Ne vous faites pas de souci pour demain » (Mt 6, 24-34)

    Ce discours débouche sur la révélation du Père et de sa sollicitude infinie. Nous sommes devant une des pages les plus belles de l’évangile sur la tendresse divine, comme un aboutissement de ce que pressentait l’Ancien Testament. C’est parce que le Seigneur veille sur nous, que nous pouvons compter sur lui pour le boire, le manger et le couvert, qui sont le nécessaire de notre vie, afin de nous consacrer à l’essentiel.

    L’amour suppose offrande de soi et accueil du don. Si vous avez les mains pleines, comment pouvez-vous recevoir ce qu’on veut vous donner ? A la base de l’amour, de la vie dans l’Alliance nuptiale nouvelle et éternelle que le Seigneur propose, il y a l’esprit des béatitudes, l’esprit de pauvreté, un esprit que attend et qui reçoit avec reconnaissance. Cet esprit de pauvreté nous démarque du monde. Mais nous sommes aussi des êtres tentés de sorte que, plus souvent que nous ne le voudrions, nous oscillons entre le monde et Dieu. Notre foi est boiteuse : nous croyons bien en Dieu mais nous trouvons notre assurance dans nos moyens. Combien, quand l’épreuve survient, désespèrent absolument, faisant l’aveu de la faiblesse de leur foi et de leur manque d’esprit de pauvreté.

    Qu’il soit bien clair entre nous. La vocation chrétienne laïque est de gérer les affaires de ce monde précisément en vue du Royaume. Point question de traiter par le mépris les soucis de la vie présente. Et il serait stupide de ne pas se réjouir des réussites. Malheureusement, dans ce cas, on oublie trop souvent de rendre grâce. Par son travail, l’homme coopère à l’œuvre de création. Je le dis souvent à ceux qui se marient : fonder un foyer, accueillir des enfants engagent dans la vie concrète : il faut des moyens pour satisfaire des besoins qui vont croissants – logement, nourriture, soin et scolarité des enfants, voiture – cela engage et même fait participer à la vie publique, sinon politique, car il faut défendre les droits de la famille,  et les valeurs dont ces droits sont porteurs. (Je dirais la même chose en ce qui concerne l’Eglise : l’engagement du mariage engage dans l’Eglise).

    Il est donc bon de s’entendre rappeler qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois. Il faut choisir entre Dieu et Mammon. En usant de ce mot araméen qui est passé tel quel dans le texte grec, les auteurs inspirés des évangiles font sentir le danger de personnification de l’argent en le désignant comme un maître. Le culte de l’argent est tyrannique, incompatible avec le service de Dieu. Mais il faut s’occuper de l’argent ; il y aurait quelque malhonnêteté à le dilapider. La mauvaise gestion ne rend pas gloire à Dieu. Mais quelques versets plus haut, Jésus déclare : « là où est ton trésor, là est ton cœur ». Par ce balancement paradoxal, comprenons que Dieu attend de l’homme un amour sans partage. En clair, n’accordons pas aux biens terrestres une attention anxieuse et faisons confiance à la Providence.

    Prenez garde à la comparaison avec les lis des champs et les oiseaux du ciel. De l’humilité de ces petites créatures qui attendent tout de la sollicitude divine, Jésus passe à l’incomparable dignité de l’homme. Cette infinie supériorité sur les passereaux et les fleurs des champs doit permettre aux chrétiens de prendre une attitude toute différente de celle des païens. S’ils misent sur Dieu, ils bénéficieront des attentions du Père : mais il faut miser sur Dieu !

    L’unique nécessaire est le Royaume, horizon sur lequel se détache la valeur de nos actes. Cherchez le Royaume et la justice de Dieu. (attention à la traduction fautive qui dit "recherchez le Royaume et sa justice", malheureusement passée en force d’adage). Il s’agit du Royaume des Cieux comme dirait Saint Matthieu, et de la justice de Dieu. Le mot justice est ici à prendre au sens de sainteté. Rechercher la justice de Dieu, c’est s’efforcer de répondre à sa vocation ordinaire à la sainteté et d’accomplir la volonté de Dieu. Ce n’est pas sans rappeler les demandes du Notre Père, parmi lesquelles celle du pain quotidien : « donne-nous aujourd’hui le pain de ce jour ». Dans sa lourdeur, la traduction dit bien l’expérience chrétienne à la suite de celle des Hébreux mangeant la manne : ne vous inquiétez pas du lendemain. Saint François d’Assise exprimait la chose autrement en parlant du devoir d’imprévoyance, attitude de confiance et expression de l’esprit de pauvreté.

    Bref, goûtons à la bonté de Dieu, éprouvons son amour indéfectible, et offrons-lui nos vies converties et reconnaissantes.


         Maison Notre Dame de Chartres, le 18 juin 2016 
      Mgr Philippe BRIZARD

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  • Si les Actes prennent la peine de dire que l’Eglise était en paix, c’est qu’elle ne l’a pas toujours été et qu’elle a donc été persécutée. La déjà longue histoire de l’Eglise est une succession aussi bien dans le temps que dans l’espace de périodes de persécution et de périodes de paix. Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. Que ce soit à titre individuel ou en Eglise, comme chrétiens, nous sommes continuellement en butte avec l’esprit du mal : la vie chrétienne est un combat comme le fut la vie du Christ.

    La foi chrétienne apporte une radicale nouveauté. La prédication de Jésus n’est pas lénifiante ; celle de l’Eglise non plus. Hélas, nous pouvons être comme les Juifs et refuser la radicalité de la prédication, de l’annonce de la foi. C’est bien ce qui arrive à Jésus quand il déclare dans la synagogue de Capharnaüm : « celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».Il y a en effet de quoi sursauter. Mais devant cette provocation, une autre attitude est possible : la conversion, la profession de foi. « A qui irions-nous, Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons et nous savons que tu es le Saint… » C’est-à-dire Dieu.

    Au fond, les Actes des Apôtres nous présentent la prédication apostolique et les commencements de l’Eglise comme le commencement d’une ère absolument nouvelle à l’instar de ce qui s’était passé aux débuts de la révélation lors de la constitution du peuple de Dieu. Dieu fit des prodiges qui ont fondé la révélation. L’Alliance demande l’adhésion du peuple, la foi. Ce peuple de croyants est forcément persécuté. Ce fut la lutte contre Amalec. Aux débuts de l’Eglise, Dieu fait des prodiges – la vie, la mort et la résurrection de Jésus – mais aussi, avec la puissance de l’Esprit-Saint, des prodiges comme ceux qui accompagnent la prédication des Apôtres – la guérison d’Enéas et la résurrection de Tabitha -, la prédication provoquant la foi ou la persécution.

    Puisse le Seigneur qui continue d’assister son Eglise nous donner son Esprit pour témoigner à temps et à contretemps que le seul Nom qui sauve est celui de Jésus-Christ.

              Maison Notre Dame de Chartres et Communauté de SMN, le 16 avril 2016

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  • Dans son discours sur la montagne qui devient, sur la fin, hyperbolique, le Seigneur nous demande l'impossible : aimer ses ennemis. Et pourtant, il se pose clairement et contredit la Sagesse. Ben Sirac dit en effet : « fais du bien à l'humble, mais ne viens jamais en aide au pécheur... refuse lui son pain et ne lui en donne pas...Ne te fie jamais à ton ennemi ». Et l'évangile nous donne maintes occasions de constater que les Juifs agissaient ainsi : pensez aux Samaritains, aux publicains. Donc Jésus sait ce qu'il dit et lance un appel. Un appel à dépasser le Lévitique qui enseignait d'aimer son prochain – Vous ne trouverez jamais dans les Écritures : « tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi ».

    Le prochain, dans le Lévitique était entendu comme le frère, au maximum le frère de race. Jésus étend la notion aux dimensions de l'amour du Père céleste qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes. Et la parabole du bon samaritain inverse la question : il ne s'agit plus de savoir qui est mon prochain mais il faut se faire le prochain de n'importe quel quidam dans le besoin.

    Jusqu'à présent nous réfléchissons à ce que nous demande le Seigneur dans le seul cadre des relations interpersonnelles, qui ne sont pas toujours faciles à gérer. Ne rêvons donc pas d'un nirvana chrétien où il n'y aurait aucun conflit. Si le Seigneur nous dit d'aimer nos ennemis, c'est qu'il admet que nous en ayons. Il nous demande d'établir de nouveaux rapports, fondés sur la fraternité, bien au-delà de la loi du talion dont il est question juste avant cette page d'évangile.

    Peut-on envisager plus large ? Par exemple les ennemis de ma nation ou encore ceux qui persécutent les chrétiens du Moyen-Orient et qui commettent des attentats en Europe ? La question est actuelle. Mes frères orientaux subissent des conditions d'existence parfaitement injustes. Moi, qui suis ici, je dois dénoncer l'injustice qui leur est faite. Le moins qu'on puisse faire, c'est de nommer l'ennemi. S'il n'est pas nommé, désigné, on ne peut pas le combattre.

    Actuellement, les Occidentaux dans leur lâcheté refusent de nommer l'auteur des crimes et aussi de nommer leurs victimes. Mais ils poussent des cris d'orfraie, et ils n'ont pas tort, quand ils sont atteints chez eux. Ma solidarité avec mes frères victimes d'injustice, chrétiens ou pas, m'oblige à dénoncer le mal et à le combattre. Si vous allez là-bas, vous entendrez les hiérarques dire : nous, chrétiens et musulmans, nous vivons ensemble et nous devons continuer de vivre ensemble, même si cet « ensemble » connaît des tas de limites. C'est dire que, dans ce combat, nous ne devons pas nous tromper d'objectif. Il y aurait une manière de combattre le mal sans cerner son auteur qui nuirait à l'avenir des chrétiens et des musulmans au Moyen-Orient. Et nous devons aider les chrétiens de là-bas et les autres minorités à tenir ou garder leur place dans cet ensemble mosaïque du Moyen-Orient où il existe de grandes interdépendances culturelles. Sinon, nous aurons trahi nos frères en leur rendant la vie là-bas plus infernale qu'elle n'est déjà. Et nous n'aurons pas servi la justice.

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  • Vie de Jésus Christ

    Hypothèses sur Jésus, V. Messori, Mame
    Vie authentique de Jésus Christ, R. Laurentin, Fayard
    Jésus, JC Petitfils, Fayard
    Jésus, C. Perrot, Que Sais-je
    L'enfance de Jésus, J. card Ratzinger, Flammarion
    Jésus de Nazareth, J. card Ratzinger, Flammarion

    Spiritualité mariale

    Traité de la vraie dévotion, Saint Louis Marie Grignion de Montfort, Médiaspaul
    La Vierge Marie, coll. Dans l'enseignement des papes, Solesmes
    La Vierge Marie, Jean Guitton, Editions Montaigne, Livre de Vie n°13
    La Vierge Marie toute Mère, P. Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, Editions du Carmel

    Vie de Saint Dominique

    Vie de Saint Dominique, Lacordaire
    Histoire de Saint Dominique, Marie-Humbert Vicaire o.p., Cerf
    Dominique et ses prêcheurs, Marie-Humbert Vicaire o.p., Cerf
    Saint Dominique, J.R. Bouchet, Cerf

    La Chevalerie

    La chevalerie, Léon Gautier, 1895
    Les origines de la chevalerie, Jean Flori, 1984
    Le Christ chevalier, Bruno Pin

    Le Laïcat

    Christifideles Laïci, Jean-Paul II
    Le laïcat, Yves card. Congar

     

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  • Pendant l'année de stage, il est recommandé aux novices de lire et de travailler chacun des cinq thèmes suivants.

    1. Vie de Jésus Christ
    2. Spiritualité mariale
    3. Vie de saint Dominique
    4. La chevalerie
    5. Le laïcat

    On recommande pour cela la lecture d'un ouvrage pour chacun de ces thèmes.

    L'ouvrage proprement dit est à choisir avec son parrain selon les capacités du novice, étant entendu qu'il ne s'agit pas de faire le tour de la question en un livre, mais néanmoins de progresser significativement dans la connaissance de chacun des cinq thèmes.

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