• Homélie pour le samedi de la 1ère semaine de carême – Mgr Brizard, aumônier provincial

    Dans son discours sur la montagne qui devient, sur la fin, hyperbolique, le Seigneur nous demande l'impossible : aimer ses ennemis. Et pourtant, il se pose clairement et contredit la Sagesse. Ben Sirac dit en effet : « fais du bien à l'humble, mais ne viens jamais en aide au pécheur... refuse lui son pain et ne lui en donne pas...Ne te fie jamais à ton ennemi ». Et l'évangile nous donne maintes occasions de constater que les Juifs agissaient ainsi : pensez aux Samaritains, aux publicains. Donc Jésus sait ce qu'il dit et lance un appel. Un appel à dépasser le Lévitique qui enseignait d'aimer son prochain – Vous ne trouverez jamais dans les Écritures : « tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi ».

    Le prochain, dans le Lévitique était entendu comme le frère, au maximum le frère de race. Jésus étend la notion aux dimensions de l'amour du Père céleste qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes. Et la parabole du bon samaritain inverse la question : il ne s'agit plus de savoir qui est mon prochain mais il faut se faire le prochain de n'importe quel quidam dans le besoin.

    Jusqu'à présent nous réfléchissons à ce que nous demande le Seigneur dans le seul cadre des relations interpersonnelles, qui ne sont pas toujours faciles à gérer. Ne rêvons donc pas d'un nirvana chrétien où il n'y aurait aucun conflit. Si le Seigneur nous dit d'aimer nos ennemis, c'est qu'il admet que nous en ayons. Il nous demande d'établir de nouveaux rapports, fondés sur la fraternité, bien au-delà de la loi du talion dont il est question juste avant cette page d'évangile.

    Peut-on envisager plus large ? Par exemple les ennemis de ma nation ou encore ceux qui persécutent les chrétiens du Moyen-Orient et qui commettent des attentats en Europe ? La question est actuelle. Mes frères orientaux subissent des conditions d'existence parfaitement injustes. Moi, qui suis ici, je dois dénoncer l'injustice qui leur est faite. Le moins qu'on puisse faire, c'est de nommer l'ennemi. S'il n'est pas nommé, désigné, on ne peut pas le combattre.

    Actuellement, les Occidentaux dans leur lâcheté refusent de nommer l'auteur des crimes et aussi de nommer leurs victimes. Mais ils poussent des cris d'orfraie, et ils n'ont pas tort, quand ils sont atteints chez eux. Ma solidarité avec mes frères victimes d'injustice, chrétiens ou pas, m'oblige à dénoncer le mal et à le combattre. Si vous allez là-bas, vous entendrez les hiérarques dire : nous, chrétiens et musulmans, nous vivons ensemble et nous devons continuer de vivre ensemble, même si cet « ensemble » connaît des tas de limites. C'est dire que, dans ce combat, nous ne devons pas nous tromper d'objectif. Il y aurait une manière de combattre le mal sans cerner son auteur qui nuirait à l'avenir des chrétiens et des musulmans au Moyen-Orient. Et nous devons aider les chrétiens de là-bas et les autres minorités à tenir ou garder leur place dans cet ensemble mosaïque du Moyen-Orient où il existe de grandes interdépendances culturelles. Sinon, nous aurons trahi nos frères en leur rendant la vie là-bas plus infernale qu'elle n'est déjà. Et nous n'aurons pas servi la justice.

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