• Homélie pour le samedi de la onzième semaine du TO – Mgr Brizard, aumônier provincial

    1ère lecture : « Zacharie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel » (2 Ch 24, 17-25)
    Evangile : « Ne vous faites pas de souci pour demain » (Mt 6, 24-34)

    Ce discours débouche sur la révélation du Père et de sa sollicitude infinie. Nous sommes devant une des pages les plus belles de l’évangile sur la tendresse divine, comme un aboutissement de ce que pressentait l’Ancien Testament. C’est parce que le Seigneur veille sur nous, que nous pouvons compter sur lui pour le boire, le manger et le couvert, qui sont le nécessaire de notre vie, afin de nous consacrer à l’essentiel.

    L’amour suppose offrande de soi et accueil du don. Si vous avez les mains pleines, comment pouvez-vous recevoir ce qu’on veut vous donner ? A la base de l’amour, de la vie dans l’Alliance nuptiale nouvelle et éternelle que le Seigneur propose, il y a l’esprit des béatitudes, l’esprit de pauvreté, un esprit que attend et qui reçoit avec reconnaissance. Cet esprit de pauvreté nous démarque du monde. Mais nous sommes aussi des êtres tentés de sorte que, plus souvent que nous ne le voudrions, nous oscillons entre le monde et Dieu. Notre foi est boiteuse : nous croyons bien en Dieu mais nous trouvons notre assurance dans nos moyens. Combien, quand l’épreuve survient, désespèrent absolument, faisant l’aveu de la faiblesse de leur foi et de leur manque d’esprit de pauvreté.

    Qu’il soit bien clair entre nous. La vocation chrétienne laïque est de gérer les affaires de ce monde précisément en vue du Royaume. Point question de traiter par le mépris les soucis de la vie présente. Et il serait stupide de ne pas se réjouir des réussites. Malheureusement, dans ce cas, on oublie trop souvent de rendre grâce. Par son travail, l’homme coopère à l’œuvre de création. Je le dis souvent à ceux qui se marient : fonder un foyer, accueillir des enfants engagent dans la vie concrète : il faut des moyens pour satisfaire des besoins qui vont croissants – logement, nourriture, soin et scolarité des enfants, voiture – cela engage et même fait participer à la vie publique, sinon politique, car il faut défendre les droits de la famille,  et les valeurs dont ces droits sont porteurs. (Je dirais la même chose en ce qui concerne l’Eglise : l’engagement du mariage engage dans l’Eglise).

    Il est donc bon de s’entendre rappeler qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois. Il faut choisir entre Dieu et Mammon. En usant de ce mot araméen qui est passé tel quel dans le texte grec, les auteurs inspirés des évangiles font sentir le danger de personnification de l’argent en le désignant comme un maître. Le culte de l’argent est tyrannique, incompatible avec le service de Dieu. Mais il faut s’occuper de l’argent ; il y aurait quelque malhonnêteté à le dilapider. La mauvaise gestion ne rend pas gloire à Dieu. Mais quelques versets plus haut, Jésus déclare : « là où est ton trésor, là est ton cœur ». Par ce balancement paradoxal, comprenons que Dieu attend de l’homme un amour sans partage. En clair, n’accordons pas aux biens terrestres une attention anxieuse et faisons confiance à la Providence.

    Prenez garde à la comparaison avec les lis des champs et les oiseaux du ciel. De l’humilité de ces petites créatures qui attendent tout de la sollicitude divine, Jésus passe à l’incomparable dignité de l’homme. Cette infinie supériorité sur les passereaux et les fleurs des champs doit permettre aux chrétiens de prendre une attitude toute différente de celle des païens. S’ils misent sur Dieu, ils bénéficieront des attentions du Père : mais il faut miser sur Dieu !

    L’unique nécessaire est le Royaume, horizon sur lequel se détache la valeur de nos actes. Cherchez le Royaume et la justice de Dieu. (attention à la traduction fautive qui dit "recherchez le Royaume et sa justice", malheureusement passée en force d’adage). Il s’agit du Royaume des Cieux comme dirait Saint Matthieu, et de la justice de Dieu. Le mot justice est ici à prendre au sens de sainteté. Rechercher la justice de Dieu, c’est s’efforcer de répondre à sa vocation ordinaire à la sainteté et d’accomplir la volonté de Dieu. Ce n’est pas sans rappeler les demandes du Notre Père, parmi lesquelles celle du pain quotidien : « donne-nous aujourd’hui le pain de ce jour ». Dans sa lourdeur, la traduction dit bien l’expérience chrétienne à la suite de celle des Hébreux mangeant la manne : ne vous inquiétez pas du lendemain. Saint François d’Assise exprimait la chose autrement en parlant du devoir d’imprévoyance, attitude de confiance et expression de l’esprit de pauvreté.

    Bref, goûtons à la bonté de Dieu, éprouvons son amour indéfectible, et offrons-lui nos vies converties et reconnaissantes.


         Maison Notre Dame de Chartres, le 18 juin 2016 
      Mgr Philippe BRIZARD

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