• Principes pour une charte de la chevalerie

    par Dom Gérard Lafond, O.S.B. en 1968

    Charte ratifiée par la Militia Christi

     

    Première Partie

    De la chevalerie en général

     

    ARTICLE 1.

    La chevalerie est une institution à caractère originairement militaire et religieux dont la fin est d’ « élargir ici-bas les frontières du Royaume de Dieu" (Léon Gautier) par le service et la défense des faibles, de la justice et de la paix. Elle vise à établir la Cité temporelle sur les fondements de l'ordre naturel et des principes de l'Évangile, dans le respect des libertés essentielles de l'homme et des communautés humaines. Toute chevalerie cherche d'abord le Règne de Dieu et sa Justice, sachant que le reste, c'est-à-dire la paix sur la terre et les bienfaits qui en découlent est donne par surcroît.

    ARTICLE 2.

    a)  Née en Occident au Xème siècle de la pénétration chrétienne dans la classe militaire et féodale, la chevalerie est essentiellement chrétienne. D'autres civilisations ont certes connu des institutions héroïques en elles-mêmes nobles et respectables, qui ont souvent donné naissance à une morale aristocratique proche du Code d'Honneur chevaleresque ; mais 1'héroïsme chrétien qui est à la base de la chevalerie constitue un radical renversement des valeurs profanes : à l'exaltation de soi qui prétend atteindre l'absolu, s'oppose l'abaissement de Dieu fait Homme ; à la volonté de puissance, l'humilité ; à la force déifiée, la toute-puissance de la Croix.

    b)  Les institutions héroïques non chrétiennes ne sont donc pas la chevalerie, ni des équivalents de la chevalerie. Elles sont pourtant des préparations providentielles à la chevalerie. Leur morale et leurs usa­ges traditionnels peuvent être purifiés et assumés par elle.

    ARTICLE 3.

    a)   La chevalerie a fleuri principalement aux XIe, XIIe, et XIIIe siècles. Elle a permis les Croisades et donné naissance aux Ordres religieux et militaires, avant de connaître la décadence. Toutefois, elle n'a jamais entièrement disparu : son esprit n'a cessé de se manifester dans nombre de héros et de saints, et l'institution elle-même s'est maintenue avec honneur à travers des Ordres séculiers, non seulement au sein de l'Église Catholique qui l'avait suscitée, mais aussi dans d'autres portions de la Chrétienté déchirée.

    b) La chevalerie renaît en ce XXème siècle, avec la conviction d'apporter pour sa part des réponses utiles aux graves problèmes de l’ère moderne : éducation de la jeunesse, élévation de la moralité publique, rencontre des civilisations, rapports du sacré et du profane, unité spirituelle, politique et économique, armements, paix internationale...

    ARTICLE 4.

    a)  La chevalerie est liée à la chrétienté qu'elle a pour mission de défendre et de promouvoir. La Chrétienté est la communauté fraternelle des nations rachetées par le Sang du Christ, providentiellement appelée à purifier et assumer les diverses civilisations humaines sans les détruire ni les amoindrir, afin que s'établissent sur toute la terre, par suite d'un libre consentement des peuples, sous l'influx de la grâce divine, l'ordre chrétien et la paix dans la Royauté du Christ.

    b)  La chevalerie, comme telle, ne sert pas un État ni un groupe d'États, ni une cause politique ou dynastique, ni des intérêts économiques, ni des intérêts de classe, ni quoi que ce soit de purement temporel. La chevalerie est au service de la seule Chrétienté. Elle est universelle, comme la Chrétienté.

    ARTICLE 5.

    La chevalerie est au service de l'unité chrétienne. Tout chevalier doit œuvrer, selon ces moyens, à l'union de tous les chrétiens dans l'unique bercail du Christ, comme réalisation d'une volonté clairement exprimée par le Christ, et comme condition d'une ère d'unité et de paix pour toutes les nations.

    ARTICLE 6.

    Pour être au service de la Chrétienté, la chevalerie n'en inculque pas moins les devoirs envers la Patrie. Plus que tout autre citoyen le chevalier doit aimer et servir son pays, jusqu'à répandre son sang pour le défendre, s'il le faut. Mais son action doit toujours tondre à établir une paix juste entre les hommes, ses frères. En conséquence, tout chevalier, toute chevalerie s'emploie à procurer le bien commun des diverses patries et nations, qui sont comme autant de fleurons à la couronne du Christ-Roi.

    ARTICLE 7.

    a)  Toute chevalerie authentique comporte un aspect militant clairement signifié par 1adoubement, et livre aux ennemis de l'ordre naturel et chrétien un combat qui, pour être principalement spirituel, ne saurait être métaphorique.

    b)  Une analyse correcte de la « guerre révolutionnaire » menée par les forces subversives à la Chrétienté en cette deuxième moitié du XXe siècle, démontre avec clarté que le combat spirituel et celui des idées appartiennent désormais à la guerre proprement dite ; que les armées ne sont plus seules à se mesurer sur un champ de bataille conventionnel ; que l'enjeu de cette guerre est la population elle-même, et que, par conséquent, la population doit être encadrée et protégée par une élite dont la supériorité spirituelle, morale, intellectuelle et simplement humaine, soit indiscutable. La nouvelle chevalerie doit contribuer à constituer cette élite.

    c)  Tout chevalier est décidé à défendre les valeurs suprêmes de la civilisation chrétienne dont il a la garde, sur quelque terrain qu'on les attaque, selon ses forces et avec le secours de la grâce divine. Nul chevalier ne peut refuser cette conséquence ultime de son adoubement. Mais la puissance chevaleresque, sous quelque forme que ce soit, doit toujours être utilisée pour la sauvegarde de la liberté des consciences et les droits de la vérité, jamais pour imposer la foi.

    d)  Toute chevalerie est un service social et civique on vue du bien commun de l'humanité. Elle combat donc par les moyens appropriés contre toute tentative totalitaire visant à subjuguer la planète, d'une façon occulte ou non, et contre tous ceux qui, de bonne foi, ou non, apportent leur aide à de telles tentatives.

     

    Cette charte a été publiée dans les numéros 27, 28 et 29 (1969-1970) de la revue Militia Christi.

     

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Juin 2015 à 21:28

    Écrite à la fin des années soixante, certains éléments sont d'une surprenante actualité !!

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