• Principes pour une charte de la chevalerie, partie III

    Troisième Partie

    Des ordres de chevalerie

    ARTICLE 16.

    L'état de chevalier libre, quoique théoriquement toujours possible, n'est pas souhaitable de nos jours, au sein d'un monde désacralisé. Les Ordres chevaleresques constituent le milieu dont le nouveau chevalier a besoin; ils sont des conservatoires de l'Honneur et des écoles d'héroïsme au service des plus hautes valeurs de l'humanité.

    ARTICLE 17.

    1. a) La chevalerie comprend: les ordres militaires de fondation ancienne, qui ont connu des évolutions diverses et se sent maintenus sans interruption jusqu'à nos jours ; les ordres anciens tombés en désuétude, et restaurés légitimement; enfin, les ordres de fondation récente (XIXe et XXe siècles), qui ont été créés afin de poursuivre la mission de la chevalerie dans le respect de son esprit et de ses traditions, et par des moyens adaptés à l'époque moderne.
    2. b) Les Princes de Maisons souveraines ont souvent créé par le passé des Compagnies d'honneur, dites ordres de chevalerie, pour récompenser leurs sujets de services éminents rendus à leur personne, à leur dynastie ou à leur État, et affermir ainsi les liens de fidélité qui les unissaient à leur trône ou à leur Maison. On admet communément que ces Princes, même s'ils n'exercent plus leur souveraineté, gardent néanmoins, et eux seuls, la faculté de créer et de régir ces sortes de compagnies dont ils sont « Fons Honorum ». Mais ces Compagnies d'honneur, pour respectables qu'elles soient, ne sont pas véritablement des chevaleries et leurs membres ne sont pas « chevaliers de chevalerie ». La prétention des Princes à monopoliser la chevalerie à leur profit est dépourvue de tout fondement légitime et est, de ce fait, nulle de plein droit. Mais un Prince chrétien peut, comme toute autre personne, fonder un ordre de chevalerie authentique, s'il se conforme aux règles traditionnelles notamment en ce qui concerne les fins générales de la chevalerie et sa transmission valide par l'adoubement.
    3. c) Les simples décorations conférées par les Princes et les États ne sont pas non plus des ordres de chevalerie au sens traditionnel. En revanche, les ordres de chevalerie comme tels ne constituent pas des distinctions ou des décorations, et ne pourraient comporter, à titre accessoire, ce caractère qu'en vertu d'une décision d'un État souverain ou du Saint-Siège. Au reste, la véritable chevalerie a toujours mis son honneur à servir, sans jamais rechercher les honneurs.

    ARTICLE 18.

    La diversité des ordres est un bien qui découle de la nature même de l'homme et de la diversité des vocations. Elle manifeste la richesse de l'idéal chevaleresque. Elle permet d'éviter les dangers du totalitarisme et de l'oligarchie. Elle doit exclure les rivalités et les jalousies, mais favoriser une saine émulation dans le service désintéressé du bien commun de la Chrétienté.

    ARTICLE 19.

    1. a) La légitimité chevaleresque d'un ordre est constituée par la conformité de son esprit, de ses fins, moyens, organisation, usages et rites, à ceux de la chevalerie traditionnelle et authentique, tels qu'ils sont résumés dans la présente charte. Elle ne se confond nullement avec l'ancienneté de sa fondation, ni avec sa continuité historique. La chevalerie étant un ordre dont la loi morale et les fins ne sauraient être caduques, peut toujours donner naissance à des Institutions nouvelles. Un ordre disparu peut être restauré, mais exclusivement par une autorité compétente. Des ordres nouveaux peuvent être créés par suite d'initiatives privées. Les ordres qui se sont perpétués sans interruption à travers les siècles doivent apporter la preuve indubitable de cette filiation.
    2. b) Un ordre ancien parfaitement légitime peut ne comporter, en son sein, aucun chevalier adoubé, parce que l'usage de l'adoubement est tombé en désuétude. Néanmoins, cet état de choses doit être regardé comme anormal au point de vue traditionnel.

    Un ordre nouvellement créé ne saurait exister légitimement sans le recours à l'adoubement.

    1. c) Les ordres qui se sont maintenus au sein de la Réforme protestante doivent être regardés comme légitimes dans la mesure où ils conservent les traditions chevaleresques, s'emploient à promouvoir l'unité de tous les chrétiens et combattent pour la défense de la civilisation chrétienne.
    2. d) Il est exclu qu'un ordre contemporain prétende faussement se rattacher à un ordre ancien ; s'il y a mensonge, cette déloyauté fait perdre à cet ordre toute légitimité ; s'il y a erreur, les historiens doivent en établir indiscutablement la preuve, et l'ordre devra alors renoncer à sa prétention.
    3. e) La reconnaissance officielle d'un ordre par une autorité spirituelle ou temporelle est conséquente, et non fondement, de sa légitimité.

    ARTICLE 20.

    1. a) Les ordres de chevalerie étaient à leurs origines, pour la plupart, religieux et militaires, comportant la profession solennelle des vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, et tel est resté jusqu'à nos jours l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, dit de Malte. Certains étaient composés de chevaliers séculiers, et constituaient alors, au point de vue canonique, des confréries chevaleresques.
    2. b) Les ordres nouveaux ou rénovés se veulent réguliers et militaires, indiquant par là qu'ils imposent à leurs membres une discipline ou règle, et mènent le bon combat pour la défense et l'extension de la Chrétienté.
    3. c) Le titre de « Militaire » est réservé aux ordres qui ont combattu en tant que tels, les armes à la main.
    4. d) Le titre d'« Hospitalier » appartient à tout ordre ayant une activité charitable réelle.
    5. e) Le titre de « Souverain » appartient exclusivement à l'ordre qui jouit de la souveraineté reconnue par plusieurs États, même si cette souveraineté ne possède pas l'assise d'un territoire. Seul l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, dit de Malte, dont le siège magistral est à Rome, est actuellement souverain.
    6. f) Le titre de « Dynastique » convient uniquement aux ordres fondés par des princes souverains ou de maisons ayant régné. Les ordres dynastiques ne peuvent d'ailleurs être des chevaleries au sens propre du terme que dans la mesure où ils servent des valeurs réellement universelles, dépassant les intérêts d'une famille souveraine ou d'une cause politique.
    7. g) Par ailleurs, les ordres s'intitulent légitimement Ordre, Ordre chevaleresque, Ordre des chevaliers de.., Ordre équestre, Milice, Ordre de la milice de..., Compagnie, Confrérie, etc.
      Le mot « Ordre » désigne traditionnellement toute compagnie chevaleresque légitimement constituée, et n'a pas nécessairement le sens restreint d'«Ordre religieux» tel que le définit le droit canonique.
    8. h) Les titres relevant de la simple fantaisie doivent être exclus.

    ARTICLE 21.

    1. a) Les ordres anciens conservent légitimement les souvenirs des services glorieusement rendus à la cause de la Chrétienté. Ce maintien des traditions rend présents et vivants à tous les chevaliers de ces ordres les exemples exaltants de leurs anciens et sont, pour eux, un motif puissant de marcher sur leurs traces dans l'honneur.
    2. b) Il comporte donc:

    –    un retour aux sources de la simplicité, de l'humilité, de la pété chrétienne, du service des humbles et de la défense des opprimés par le don de soi-même,

    –    une revalorisation de l'adoubement, en réservant peu à peu le titre de chevalier à ceux qui sont régulièrement adoubés,

    –    un éloignement de la notion de décoration,

    –    la promotion d'un esprit militant à la mesure du combat de notre temps.

    ARTICLE 22.

    Les ordres nouveaux sont fondés à des fins précises, répondant aux fins générales de la chevalerie, avec des moyens parfaitement adaptés à l'époque moderne et une discipline stricte. Ils évitent avec soin tout caractère honorifique qui n'aurait pas de justification actuelle, et gardent à leurs rites et cérémonies la sobre beauté qui leur convient.

    ARTICLE 23.

    1. a) Chaque ordre est indépendant des autres, la dignité des ordres étant fonction de leur ancienneté, des services rendus par le passé et, actuellement, des privilèges obtenus des autorités spirituelles et des pouvoirs temporels.
    2. b) L'appartenance d'un chevalier à plusieurs ordres est un usage non conforme à la tradition, « nul ne pouvant servir deux maîtres » ni observer deux disciplines. Les exceptions à la règle de l'unique appartenance doivent être rares et sérieusement motivées.

    ARTICLE 24.

    1. a) Les ordres de chevalerie sont animés du désir de servir efficacement les valeurs de la civilisation chrétienne, chacun selon sa manière propre, et de redonner à la chevalerie la place qui lui revient dans la vie internationale.
    2. b) À cette fin, tout ordre authentique :

    –    fait profession de christianisme, et ne saurait admettre dans ses rangs des chevaliers non-chrétiens ou athées ;

    –    appartient à une confession chrétienne déterminée; s'il admet des membres d'une autre confession, ce ne peut être que dans une catégorie secondaire dite d'Honneur ou de Grâce, et dans un esprit de véritable œcuménisme, non par indifférentisme religieux ;

    –    confère validement l'adoubement chevaleresque à quelques-uns au moins de ses membres, et veille à ce que ceux-ci ne transmettent pas inconsidérément la chevalerie ;

    –    a des fins particulières conformes aux fins de la chevalerie ;

    –    constitue une société hiérarchique, régie par des statuts ;

    –    impose à ses membres, sous la foi d'un serment, d'une profession ou d'un engagement d'honneur, prononcés après un temps de probation convenable, des obligations particulières, dont quelques-unes à caractère religieux, et un style de vie conforme au Code d'honneur et aux usages et coutumes qui lui sont propres ;

    –    développe chez ses membres, par un enseignement religieux, moral et spirituel, un esprit authentiquement chevaleresque, source d'une bienfaisante influence sociale ;

    –    organise ou anime des activités chevaleresques concrètes pour le service du prochain, de la patrie, de l'unité chrétienne, de l'ordre chrétien, de la paix, et pour une défense de la civilisation chrétienne.

    ARTICLE 25.

    1. a) Il revient à l'ensemble des ordres de chevalerie, non seulement de s'adonner par tradition à l'hospitalité et au service des faibles, mais aussi de combattre les idéologies qui portent atteinte à la dignité et à la liberté de l'homme créé à l'image de Dieu, de promouvoir des institutions conformes au droit naturel, de favoriser les relations entre les peuples en vue de promouvoir la civilisation chrétienne et la paix, de s'intéresser aux questions internationales, d'aider les pays en voie de développement, de porter secours, dans la mesure de leurs moyens, aux Nations captives des États totalitaires, de promouvoir l'ordre et la paix dans les Lieux Saints, de contribuer à la solution des nombreux problèmes sociaux, de diffuser l'esprit chevaleresque dans les armées et dans la jeunesse, etc.
    2. b) Les ordres veulent rendre à la chevalerie le rôle qui fut le sien dans la vie internationale, et la faire reconnaître comme une institution légitimement constituée et universellement respectée.

    ARTICLE 26.

    1. a) Il est contraire à la nature de la chevalerie, et par conséquent des ordres chevaleresques, de se placer sous la tutelle d'un État ou à son service exclusif. Nationaux ou internationaux, les ordres sont loyaux à l'égard des pouvoirs temporels légitimes, et exaltent la vertu de piété envers la patrie ; mais au-delà des intérêts temporels, ils servent partout l'ordre chrétien et la paix.
    2. b) La protection d'un Prince ou d'un État ne doit pas être telle qu'elle aliène un Ordre chevaleresque, et le prive de son indépendance morale, source de son indispensable prestige spirituel.
    3. c) De même, il n'est pas permis à un ordre authentique de se soumettre à l'hégémonie d'associations ou d'entités philosophiques ou politiques même soi-disant neutres.

    ARTICLE 27.

    Les ordres authentiques conformes aux principes traditionnels tels qu'ils sont exposés dans la présente Charte, protestent avec indignation contre les initiatives inspirées par la vaine gloire et un puéril amour des titres et décorations de pacotille, ou par le goût de lucre et l'escroquerie.

    Ils nient la qualité chevaleresque de ces entreprises et les condamnent pour usurpation du nom de chevalerie.

    ARTICLE 28.

    Les ordres peuvent ménager des consultations utiles entre leurs représentants qualifiés, en vue de promouvoir une unité d'action pour la réalisation des fins de la chevalerie, ils peuvent aussi passer des accords ou contracter des alliances les uns avec les autres.

    ARTICLE 29.

    Les ordres ont également la faculté de créer une Cour d'honneur où siégeraient des représentations de tous les contractants, et qui serait habilitée à juger les chevaliers en appel, à sanctionner les défaillances des ordres, à reconnaître les nouveaux ordres conformes à cette charte, et à condamner les initiatives qui lui seraient contraires.

    « Un esprit renouvelé de chevalerie des temps modernes (1992)Quelle est en effet cette chevalerie consacrée? »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :