• Un esprit renouvelé de chevalerie des temps modernes (1992)

     

    Etude du Père Bruno PIN, aumônier, administrateur de la Province du Liban,
    à partir de l'article III des Constitutions de la Militia Christi

     

    Il est nécessaire de s'arrêter longuement sur l’article III, car on y trouve définie la nature de la chevalerie entretenue dans notre association. A cet effet, nous nous limiterons à approfondir le sens de l'expression de cet article: «Un esprit renouvelé de chevalerie des temps modernes. »

     

    Héritière d'un beau patrimoine de pratique chevaleresque, la Militia Christi possède une spécificité propre au sein des mouvements catholiques qui, par vocation, tendent à promouvoir le règne social de Jésus-Christ. Notre association participe à cet apostolat commun dans un « esprit renouvelé de chevalerie des temps modernes ». Ce que le décret romain d'érection de 1981 reprend en affirmant que notre objectif consiste à vivre les conseils évangéliques selon l'état de nos membres « dans un esprit chevaleresque rénové ».

    Nous pouvons donc conclure de ces deux affirmations que la Militia Christi, tant par ses formes anciennes que dans sa situation présente, possède comme caractéristique reconnue et approuvée une pratique particulière et adaptée de la chevalerie conçue comme une spiritualité apostolique.

    Cependant, il faut bien situer et comprendre notre conception de la chevalerie par rapport aux différents modes de présence de celle-ci dans la société. Aussi, pour y voir plus clair, nous proposons de distinguer ici la chevalerie sous deux de ses formes de présence contemporaine : la chevalerie institutionnelle et la chevalerie spirituelle.

     

    LA CHEVALERIE INSTITUTIONNELLE

    Cette chevalerie est celle qui relève de la juridiction ou de la souveraineté d'institutions : États, dynasties... Sous le titre d'ordres de chevalerie, les États décernent des marques honorifiques afin de distinguer les citoyens selon leurs mérites. Malgré le grade d'officier ou de chevalier qu'ils confèrent, ces ordres institutionnels font-ils vraiment aujourd'hui des chevaliers au sens traditionnel ? On peut en douter, et eux-mêmes n'ont pas cette prétention. La confusion sur leur valeur chevaleresque vient du fait que certains de ces ordres ne sont que la reprise sécularisée ou la reproduction civile d'anciens ordres religieux, militaires ou dynastiques dont le prestige sert à recouvrir un titre purement honorifique. Sur le plan social, ils ne sont que des décorations et des dis­tinctions de l'État qui les attribue. Cela limite leur valeur, indéniable certes, au seul plan civique et par cela même, ils ne sont pas chevaleresques au sens tra­ditionnel, puisque la chevalerie n'a jamais été une «décoration», mais un service.

    Si, pour le citoyen, ces ordres ont un prestige certain et incontestable, ils n'en représentent pas moins une chevalerie institutionnalisée à qui il manque l'essentiel : une âme. On comprend dès lors le souci des États de protéger léga­lement leurs ordres de chevalerie et leur volonté de limiter toute manifestation d'une chevalerie institutionnelle qui ne serait pas reconnue par eux.

    Proches des ordres institutionnels civils, il convient de classer les ordres dynastiques qui, eux, ont une réelle valeur et efficacité chevaleresque. Ces ordres appartiennent légitimement à une Maison souveraine dont le chef peut être le souverain régnant d'un État ou bien le prétendant ou l'héritier légitime d'une Maison ne régnant plus. Le chef de l'ordre, en tant que « fons honorum » confère validement la chevalerie par la réception dans l'ordre.

    Nous trouvons enfin les ordres indé­pendants ou semi-indépendants qui relè­vent presque tous de la protection morale, diplomatique et religieuse du Saint-Siège. Ce sont les anciens ordres religieux, militaires et hospitaliers appa­rus lors des Croisades pendant lesquel­les ils furent de véritables ordres religieux. Le plus ancien et le plus célèbre est actuellement l'ordre souverain, militaire et hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, de Rhodes et de Malte. Il est gouverné par un Grand-Maître et comporte, parmi ses classes, un noyau de chevaliers ayant émis des vœux. Il reste très actif par ce qui est sa vocation première : l'hospitalité. L'ordre de Malte est l'unique ordre souverain, quoique relevant du Saint-Siège pour les questions religieuses. Ses branches issues de la Réforme sont aussi reconnues.

    L'ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem a été rétabli au siècle dernier comme ordre pontifical. Il se consacre surtout aux œuvres de Terre Sainte. Un cardinal en est le Grand-Maître. Cet ordre confère la chevalerie par un céré­monial liturgique.

    L'ordre de Sainte-Marie-des-Teutons ou ordre teutonique s'est transformé en un ordre religieux de prêtres à vocation enseignante et caritative ; il compte cependant des affiliés laïcs.

    Après une longue période de sommeil qui a failli les conduire à leur extinction, les grands ordres espagnols : Calatrava, Santiago, Alcantara et Montesa ne jouissent plus du patronage royal ; ils se sont réorganisés comme associations afin de perpétuer leur patrimoine.

    Faut-il rappeler ici que l'ordre des Pauvres Chevaliers du Christ, plus connu sous le nom de l'ordre du Temple, a été dissous « à perpétuité » par le Pape Clément V et le concile de Vienne en 1312. Toutes les tentatives privées de réactivation de cet ordre, éteint définitivement par l'autorité ecclésiastique compétente, sont vaines, illégales et illégitimes, comme le sont les douteuses prétentions des multiples « successions » revendiquant une continuité laïque de l'ordre du Temple. Il n'y a donc plus et il ne peut y avoir de « Templiers ». Et cette conclusion s'impose indépendamment des jugements que l'on peut porter sur sa fin tragique. Tous les autres groupements qui ne se classent pas dans l'une de ces trois catégories ne peuvent, selon le droit civil en vigueur, se récla­mer du titre d'ordre de chevalerie ni en manifester les apparences.

    Cette délimitation concerne a priori certains groupements fondés sur l'usur­pation mensongère et illégale de droits et de titres, qui se présentent comme de piètres imitations d'ordres historiques. Ces faux ordres, récents ou prétendument anciens, entretiennent la confusion sous le couvert d'illusoires successions ou continuité, historiquement infondées, ne résistant pas à une critique sérieuse. Ces groupements n'ont en général pas d'autres buts que d'appâter chèrement la vanité de naïfs séduits par cette chevalerie de rabais dont les essais philanthropiques ou les idéaux humanitaires ne sont que de minces couvertures à leurs fausses prétentions.

    Plus dangereux sont sans doute les mouvements qui, au nom d'une chevalerie idéaliste ou philosophique, se réclament davantage de l'ésotérisme ou d'une pseudo-mystique templière, s'affirmant plus ou moins clairement dans la lignée de la Franc-Maçonnerie.

     

    LA CHEVALERIE SPIRITUELLE

    Après cette délimitation succincte qui ne cherche pas à dresser un état complet ou une liste définitive des manifestations actuelles de la chevalerie institutionnelle, il est indéniable que l'on rencontre toujours un courant chevaleresque sincère qui anime, à des degrés divers, des mouvements de tradition et d'esprit chevaleresques.

    Avant d'analyser cette émergence de la chevalerie spirituelle, une remarque s'impose. Elle concerne des essais et des réalisations rencontrés dans le scou­tisme, dont l'inspiration chevaleresque a pu être plus ou moins affirmée. Certains groupes cherchent à développer quelques aspects de la référence à la chevalerie entretenue dans le scoutisme.

    Cependant cette tendance à se faire chevaleresque par l'emprunt de quel­ques éléments limités de la chevalerie ne constitue pas absolument une légiti­mation ou une réelle possession de cette nature. Au nom de son bel idéal, le scoutisme peut se placer dans une cer­taine périphérie de la chevalerie, mais il n'en procède pas.

    Aussi, avec toute l'estime que l'on peut porter à l'idéal sincère et formateur du scoutisme et des groupements qui, en lui, cherchent à s'inspirer davantage de la chevalerie, il faut affirmer clairement qu'ils ne sont justement pas «de cheva­lerie», l'esprit de celle-ci restant chez eux trop diffus. Reconnaissons au scou­tisme et à divers groupements un loin­tain symbolisme chevaleresque qui, bien éclairé, pourrait cependant se transformer en une préparation et attirance vers la chevalerie spirituelle détenue, elle, par des mouvements légitimes et efficacement chevaleresques.

    Au-delà de ces essais limités, il reste un courant actif et plein de vitalité qui représente une chevalerie authentique qui, sans être institutionnelle, n'en est pas moins réelle et manifeste, c'est la chevalerie spirituelle.

    Se rattachent à cette conception de la chevalerie les mouvements de fondation ancienne ou plus récente dont l'esprit et les fins sont en conformité avec ceux de la chevalerie traditionnelle. Mais cette condition chevaleresque repose sur la légitime détention du pouvoir de trans­mettre la chevalerie par l'investiture selon le rite laïc ou le rituel liturgique. À cela nous pouvons ajouter aussi que la valeur chevaleresque de tout mouve­ment qui s'en réclame, dépend de sa qualité spirituelle qui, dans la fidélité à la chevalerie traditionnelle, doit être une affirmation chrétienne indiscutable.

    Ces exigences délimitent le champ d'une chevalerie indépendante par rap­port à celle qui relève d'institution, mais qui n'en est pas moins effective et valide, car elle se situe à un autre degré, celui de l'esprit ou, plus précisément, celui de la spiritualité. C'est la cheva­lerie de la fidélité et de la foi. Pour les quelques mouvements qui se réclament de l'esprit chevaleresque vécu dans la foi, la chevalerie est et reste ce qu'elle a toujours été : une spiritualité militante.

    Ce courant a donc parfaitement le droit de cité face aux manifestations de la chevalerie institutionnelle qui mise, elle, sur d'autres valeurs et idéaux. À cause de cette dimension spirituelle, il est donc important que les mouvements perpétuateurs de ce courant se fassent reconnaître et confirmer par la seule autorité compétente qui puisse le faire : l'Église par l'intermédiaire d'un assis­tant ecclésiastique, d'un ordinaire ou d'un dicastère romain.

    Ainsi, hors du cadre d'institutions officielles légales, l'émergence et les manifestations de la chevalerie spiri­tuelle ne peuvent se réaliser que dans des conditions bien précises, par une dou­ble conformité à l'esprit de foi et à celui de la chevalerie authentique, en réfé­rence à l'Église.

     

    LE STATUT DE LA MILITIA CHRISTI

    Dans le prolongement de ce regard porté sur l'état de la chevalerie contem­poraine, il nous faut logiquement poser la question : qu'en est-il de la Militia Christi?

    Notre association jouit d'un statut assez particulier qui mérite d'être exa­miné, pour ce qui la relie à la chevale­rie institutionnelle par l'histoire et à la chevalerie spirituelle par ses buts et sa situation rénovée.

    Il y a en effet une dimension institu­tionnelle dans la nature chevaleresque de la Militia Christi : c'est toute son histoire. L'aperçu qui développait le préambule nous a montré que la Milice de Jésus-Christ et les rameaux qui l'ont composée portaient le titre d'ordre et leurs membres étaient des chevaliers. Il est vrai que, par sa fonction militaire au service de l'Église, la Milice de Jésus-Christ a été l'expression connue et reconnue de la chevalerie. Cependant les premières fondations et les rameaux successifs n'ont pas été des ordres religieux militaires, mais il faut les reconnaître comme des confréries militaires et dévotionnelles de laïcs. Le plus beau souvenir que nous ayons gardé de cette période primitive est la formule de profession des chevaliers de la Milice de Jésus-Christ toujours utilisée sous le nom de profession de Grégoire IX, remise par ce Pape en 1236.

    La réactivation espagnole de 1605 menée par les Frères Prêcheurs est encore plus explicite; on y traite de l'ordre militaire de la Milice de Jésus-Christ qui sera appelé à tenir une place distinguée parmi les ordres du royaume.

    Au XIXe siècle, on va retrouver la même considération quand, dans l'entourage pontifical, des officiers réorganisent, avec l'aide du Père Jandel, la même Milice de Jésus-Christ. Le Pape Pie IX se fait alors le témoin bienveillant et attentif de cette entreprise, il la bénit, comme en témoignent ses deux brefs de 1876. Cependant, ces marques d'estime n'ont pas la valeur d'une reconnaissance juridique : elles sont la preuve de la haute bienveillance papale et de son intérêt, mais ces lettres ne constituent point un acte de chancelle­rie conférant à la Milice de Jésus-Christ un statut d'ordre pontifical. Cela aurait pu advenir et, dans ce cas, le destin de la Milice aurait été différent.

    À cette époque, on constate que, dans l'entourage pontifical comme auprès de la hiérarchie catholique, l'ordre est hau­tement estimé, encouragé et traité comme un ordre chevaleresque respec­table. Ainsi, au moment de sa réorga­nisation romaine, l'ordre a pu prendre un bel essor sans rencontrer de difficul­tés de la part de son entourage ecclésial. Il était considéré comme un ordre catho­lique semi-indépendant, recherché et apprécié pour son passé, pour ses traditions et pour sa mission.

    La considération dont a joui l'ordre dès sa réorganisation moderne est ainsi établie par plusieurs faits significatifs. Outre les deux brefs du Pape Pie IX, il faut mentionner les diverses audiences pontificales accordées aux réorganisateurs et aux chevaliers par Pie IX, Léon XIII et saint Pie X. Ces visites officielles étaient accompagnées d'audience auprès des secrétaires d'État : le cardinal Jacobini, le cardinal Rampola, le cardinal Merry del Val.

    Remarquons aussi les noms des digni­taires ecclésiastiques reçus dans l'ordre : les cardinaux François Cassetta et Vincent Vanutelli. À propos des deux Grands-Maîtres orientaux de l'ordre, les Patriarches grecs-melkites catholiques Pierre IV Géraïgiry et Cyrille VIII Geha, il est intéressant de remarquer que, pour la première fois de son histoire, la Milice de Jésus-Christ a eu des ecclésiastiques comme Grands-Maîtres.

    Cette grande-maîtrise orientale entraînera même des complications diplomatiques avec l'empire ottoman qui réclamera la démission de son sujet, le Grand-Maître Géha. Il fallait que la représentativité de l'ordre de la Milice de Jésus-Christ fût importante pour pro­voquer une telle action. Nous pouvons aussi rappeler l'amitié personnelle et la bienveillance dont a bénéficié le comte Dominique Piccoli de la part de Don Bosco s'intéressant ainsi à l'ordre.

    Ce statut d'ordre chevaleresque dure jusqu'à la conclusion de la période de réforme débutée en 1959 ; pendant la période d'un siècle qui couvre la réor­ganisation romaine de 1870 jusqu'à la dernière mise en œuvre de 1971, il est légitime d'affirmer que la Milice de Jésus-Christ a été une institution cheva­leresque semi-indépendante pour laquelle la hiérarchie catholique, sans lui avoir conféré une reconnaissance juridique, manifestait par maintes preuves de bienveillance son estime et son approbation pour l'œuvre qu'elle représentait et qu'elle perpétuait. C'est ici qu'il nous faut rappeler le geste, aux conséquences tellement bénéfiques, de Monseigneur Lamy, archevêque de Sens qui, en 1961, érigeait l'ordre de la Milice de Jésus-Christ en sodalité de droit diocésain dont il devenait l'ordinaire.

    La situation d'ordre était aussi socia­lement bien établie par la qualité du recrutement où se retrouvaient des per­sonnalités religieuses, civiles et militaires.

    Le décret romain de reconnaissance de 1981 officialise a posteriori cette situation d'ordre chevaleresque catho­lique, puisque le décret du Conseil pon­tifical pour les laïcs reconnaît qu'à partir de 1971, par sa réforme, «la Milice de Jésus-Christ a abandonné ses activités d'ordre chevaleresque». Comment l'Eglise aurait-elle pu demander aujourd'hui à la Milice de changer de statut si elle n'avait pas toujours reconnu le caractère chevaleresque de celle-ci?

    À partir de cette situation qui l'établis­sait publiquement dans la chevalerie ins­titutionnelle catholique, l'ordre de la Milice de Jésus-Christ allait être appelé à réaliser un passage vers la seule chevalerie spirituelle qui l'animait déjà. Ce passage allait être facilité grâce à toute la tradition du courant chevaleresque de la Milice de Jésus-Christ, de sa foi, de son service de l'Église, de ses rites et de sa spiritualité dont il assurait la résurgence rénovée.

     

    LA RENOVATION

    Le changement du statut de l'Ordre de la Milice de Jésus-Christ a été motivé par deux causes : l'une externe qui fut provoquée par une législation civile plus contraignante à propos des institutions chevaleresques ; l'autre interne et voulue, recherchée, à cause des impératifs apostoliques du concile Vatican II, incitant chaque institution catholique à s'adapter aux conditions nouvelles de l'apostolat des laïcs.

    Les États – dont le Saint-Siège protec­teur des ordres placés sous son autorité ou sa protection – ont voulu délimiter les institutions chevaleresques honorifiques et effectives existantes dans la société. Désormais, seuls les ordres reconnus ou patronnés par une entité souveraine, Etat ou souverain, sont légalement autorisés à exister comme ordres institutionnels. Le Saint-Siège, soumis lui aussi à ces impératifs diplomatiques, se devait de fixer la liste des ordres relevant de sa juridiction ou de sa protection.

    Sur un appel personnel de Sa Sainteté le Pape Paul VI, la Milice de Jésus-Christ se voyait obligée de se définir dans le contexte social et ecclésial. N'étant pas un ordre diplomatiquement reconnu, la Milice n'en était pas moins une institution catholique canoniquement érigée en 1961 comme sodalité de droit diocésain sous la juridiction de l'archevêque de Sens. Il ne pouvait être question pour elle d'être introduite au rang d'ordre reconnu diplomatiquement, la liste de ceux-ci étant définitivement fixée. Il revenait donc à l'archevêque ordinaire et au conseil magistral de la Milice de procéder à l'aggiornamento opportun et réclamé.

    C'est donc vers une formule moins «chevaleresque» au sens des chancelleries, mais encore plus apostolique, que la Milice a voulu s'engager. En nous proposant d'abandonner la forme et les activités d'un ordre chevaleresque, l'Église nous incitait à mieux approfondir notre esprit particulier et à nous situer davantage comme mouvement militant de laïcs, selon les perspectives conciliaires de l'apostolat et de la vie spirituelle de l'état séculier du laïcat. Il n'était pas question d'abandonner ou de changer notre spiritualité chevaleresque, mais, au contraire, d'employer au mieux celle-ci pour animer nos objectifs militants.

    La rigueur de la charte Jandel ayant toujours son effet pour nous, la Milice de Jésus-Christ s'est soumise à cette révision et a pu déboucher sur cette phase de rénovation à laquelle les années de réforme l'avaient préparée. Elle renonçait à paraître socialement sous les formes et les titres d'ordre chevaleresque mais de ce dépouillement volontaire, elle renforçait sa capacité à n'être désormais que spirituellement de chevalerie.

    Le réflexe de discipline et d’obéissance inculqué par la charte Jandel a parfaitement joué à tous les niveaux. Cette réforme voulue par le pape lui-même aurait pu nous déranger si notre conception de la chevalerie s'était limitée à des pratiques mondaines ou à des apparences formelles et décoratives, et surtout si nous n'avions pas eu cette solide spiritualité de chevaliers.

    Il a pu être difficile, avouons-le, d'abandonner notre titre d'ordre chargé de prestige ; on a pu avoir la nostalgie d'une titulature traditionnelle et même, pourquoi pas, le regret des magnifiques insignes de l'ordre. Mais la cohésion de toute la Milice fut exemplaire et ce comportement positif fut apprécié par la hiérarchie. Ce qui fut ainsi semé dans l'humble et confiante soumission et dans l'acceptation entière d'une réforme dont on ne voyait pas encore tous les effets bénéfiques, allait donner des résultats stimulants. Ce fut l'acte du Conseil pontifical pour les laïcs qui érigeait la Milice de Jésus-Christ en association de fidèles de droit pontifical.

    Cette reconnaissance pontificale, qui n'avait pu être acquise pour l'ordre, l'était sous cette forme canonique au bénéfice de la Milice de Jésus-Christ ainsi confirmée dans son nouveau statut qui l'établissait dans la conception de la chevalerie seulement spirituelle et apostolique, mais en fin de compte, n'était-ce pas pour elle un véritable retour aux sources ?

     

    L'ESPRIT CHEVALERESQUE RÉNOVÉ

    Mais d'aucuns peuvent encore se demander en quoi la Milice de Jésus-Christ peut-elle encore être de chevale­rie puisque, à leurs yeux, il lui manque ces formes extérieures et ces activités qu'elle a abandonnées et qui constituent aujourd'hui les privilèges, ou les apparences, de quelques institutions reconnues.

    Nous revenons donc à l'article III des Constitutions, car c'est justement cet article qui est le garant de notre condition chevaleresque rénovée. Par son statut actuel, la Militia Christi affirme perpétuer et entretenir l'esprit renouvelé de la chevalerie, esprit qui a d'ailleurs été le sien tout au long de son séculaire développement historique.

    Nous pouvons dire que l'Église a demandé à la Milice d'abandonner ses formes et ses activités d'institution che­valeresque afin d'être mieux adaptée et rénovée pour manifester ce qu'elle lui reconnaît d'essentiel : son esprit de che­valerie, âme de son apostolat militant et de sa spiritualité contemplative et active.

    Préparée par les deux étapes que furent les statuts promulgués et approuvés par l'ordinaire Monseigneur Lamy en 1961 et par ceux que confirma Monseigneur Stourm en 1973, cette situation de rénovation a atteint sa perfection et son achèvement avec la reconnaissance de droit pontifical, car le décret romain reconnaît doublement notre nature chevaleresque : celle, passée, de l'ordre et celle, rénovée, de l'association canonique associée à l'apostolat des laïcs.

    Dans cet état de rénovation, notre chevalerie procède uniquement d'un esprit particulier, une vraie spiritualité ; c'est en cela que la Militia Christi demeure une institution de chevalerie, car si elle a pu être institutionnelle par son histoire et son statut social, elle ne se veut que spirituelle au sens qu'elle provoque et soutient un comportement militant de chrétien, grâce à ses fins et à ses rites.

    Donc, face aux différentes institutions qui conservent ou confèrent la chevalerie à des degrés divers, il existe bien une autre forme de présence de celle-ci. En érigeant la Militia Christi comme association de droit pontifical et en lui reconnaissant comme charisme propre son esprit chevaleresque rénové, l'Église élargit sa définition de la chevalerie à sa dimension de militance chrétienne spirituelle. L'Église a en effet le pouvoir, de par sa fonction pastorale, de reconnaître et de stimuler une pratique spirituelle de la chevalerie, admise par elle comme un moyen de sanctification et d'apostolat. Pour donner toute sa valeur et sa légitimité à l'esprit chevaleresque rénové dont la Milice est le foyer reconnu, l'Église a voulu que l'association, érigée en un nouveau conservatoire de son esprit chevaleresque, prenne la relève de l'ancien et noble ordre de la Milice de Jésus-Christ qui avait parfaitement assuré ses fonctions et ses activités pendant un siècle où il avait perpétué la tradition et le courant de la vieille Milice de Jésus-Christ et de ses rameaux.

    Il n'est donc pas prétentieux de parler du statut, sinon unique du moins très limité, de la Militia Christi qui fait d'elle une institution rénovée de chevalerie spirituelle et militante au sein de l'Église.

    La voie nouvelle qu'inaugure l'asso­ciation réside dans le fait que l'Église a élargi dans son cas la pratique de la chevalerie, en lui accordant le droit de se développer comme spiritualité particulière d'une association de laïcs.

    Cela démontre encore que la chevalerie n'est pas une exclusivité revendiquée par des États ou des ordres, comme certains auteurs le soutiennent. L'Église a su interpréter l'esprit de chevalerie comme un charisme authentique animant un mouvement chrétien, et dans sa fonction pastorale, elle ne lie pas la chevalerie qu'à de seules considérations juridiques et diplomatiques.

    Soutenus par notre statut canonique d'association privée de fidèles, nous pouvons alors répondre, à tous les tenants d'une chevalerie par trop insti­tutionnalisée, que la chevalerie ne dépend pas seulement de la diplomatie ou de la reconnaissance entre États. Parce que chrétienne, la chevalerie relève aussi de la pastorale ; elle n'est pas qu'institutionnelle, mais parce qu'elle reste chrétienne, elle est avant tout spirituelle ; elle ne se limite pas à des titres ou à des formes, fussent-ils les plus reconnus, mais comme spiritualité, elle a toujours été un comportement chrétien, une militance pour le Christ et pour l'Église.

    Au terme d'une lente et sage évolution, la Militia Christi a atteint un niveau de perfection de son statut dans l'Église et dans la chevalerie. Elle a un support canonique : son statut de droit pontifical, mais surtout, elle a maintenu son âme : l'esprit chevaleresque rénové ; elle s'est donné un programme d'action digne de son passé : l'apostolat militant et la sanctification de ses membres. Par ses rites légitimes et approuvés, elle confère une chevalerie spirituelle, apostolique, dans la fidélité à ce qu'elle fut et doit rester.

    C'est avec son « esprit chevaleresque rénové » que la Militia Christi promeut une vraie chevalerie des temps modernes dont nous allons retrouver les effets à travers les trois tendances d'action et d'engagement militant de ses membres.

    © MILITIA CHRISTI n°105, 1992

    « Principes pour une charte de la chevalerie, partie IIPrincipes pour une charte de la chevalerie, partie III »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Google Bookmarks

    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :